Quelle joie quand on m’a dit :
montons à la maison du Seigneur !
Au cours de ces 30 années (1980-2010), j’ai relu ma vie à la lumière du dessein de Dieu dans le milieu de ma naissance. Pour en comprendre la réalité dans le contexte de l’Eglise, les mots de William Faulkner prennent leur sens : “Le passé n’est jamais mort et enterré. En fait, il n’est jamais passé” (cité par B. Obama, De la race en Amérique, Grasset, 2008, p. 39).
La musique est un principe divin. Pour la vérité cultuelle, toute école de formation pastorale est appelée à offrir à ses étudiants le privilège d’un apprentissage musical étayé par une réflexion biblique (lectio) et une expérience liturgique, outils indispensables en ces signes des temps de tourmente culturelle et mondiale auxquels nous sommes confrontés et la jeunesse particulièrement exposée à ce feu étrange et étranger attaquant l’âme de toute part. Mon site témoigne de mon engagement dans l’enseignement musical et liturgique.
C’est à Newbold College (GB) que Jan Paulsen (ex-président de la Conférence générale) me confia l’organisation de soirées spirituelles (liturgies thématiques) pour les rencontres du vendredi soir, une collaboration appréciée par les étudiants en général et le corps théologique en particulier. Par la suite, ma rencontre avec le prof. H.-R. Weber au Centre Oecuménique de Genève, qui travaillait sur les concepts liturgie-art en proposant des applications liturgiques (publiées), maintenait mon intérêt et mon attention. C’est lui également qui me recommanda l’ouvrage d’Amos N. Wilder, Theopoetic, Theology and the Religious Imagination (Fortress Press, 1976) maintes fois cité [Cahiers 2 et 3].
Dans le cadre de la lente agonie* du Département de musique de Collonges sur un demi-siècle - et en acceptant le poste de directrice – Sacrifiée pour le campus (paroles de l’administration à mon départ), je le fus ! Chargée comme un bouc de fardeaux qui ne furent jamais les miens et face à une situation d’imposture que je ne m’imaginais pas (abus de confiance et de pouvoir) je démissionnais de cet emploi fictif en 1982, quittant une religion qui n’était pas la mienne. J’avais 36 ans et un sentiment d’épouvante indescriptible devant une direction tétanisée par une poignée d’étudiants qui l’amenèrent à fermer ce département l’année suivante sans aucune concertation. Je devais repartir à zéro (installation à Genève) et reprendre et remanier complètement ma vie pour la troisième fois !
Par la grâce de Dieu, la mise en œuvre de projets dans le cadre de mandats déterminés virent cependant le jour dans les interstices possibles à cette époque :
Pour ledit CAMPUS (Institut du Salève, un groupe scolaire) stabilisation d’un cursus avec option musicale (CMT-Baccalauréat, ILF-music minor, Faculté de Théologie-recherche). J’ai aujourd’hui sur Genève des élèves qui passent l’option musique en Collège.
Pour les JEUNES, une formation et la mise en place d’un répertoire de musique sacrée et liturgique (Cantilène, enregistrements), et 10 ans de pratique appréciée (nombreux témoignages), notamment par les églises réformées de la région lémanique (plus d’1/2 million d’auditeurs, incl. concours de composition d’un chant de noël à la TSR).
Pour le CULTE, des travaux pratiques : une Liturgie du Sabbat (à la demande du groupe anglophone de Genève, utilisée pendant 2 ans) et le don d’une trentaine de recueils (SDA Hymnal, 1985) ; des liturgies thématiques.
Pour L’ASSEMBLEE (membres, pasteurs et étudiants), une lectio musicale des textes bibliques (suite logique de mon mandat d’enseignement) appliquée dans Les Cahiers Liturgiques. Publication bilingue, en collaboration, pour l’anglais, avec Andrews University (bibliothèque), qualifiés comme “a work of love” par le directeur de l’époque. Envoi d’un exemplaire à chaque parution aux églises francophones (France, Suisse et Belgique) sur 9 ans.
Pour le CHANT DE L’EGLISE, Les Chants du Pèlerin, 2001, une anthologie servant à la fois l’histoire de l’hymnodie, la méditation chantée (La liturgie des jours) et l’agencement d’un corpus historique d’hymnodie francophone (Table Liturgique) - un outil réalisé, en réalité, pour la FAT, annoncé aux églises. Pour éviter toute confusion avec la mise en oeuvre d’un nouveau recueil (DLG), cette publication tirée à 1000 exemplaires fut distribuée à l’extérieur (bibliothèques et musiciens professionnels). Mon meilleur support amical dans cette entreprise solitaire fut providentiellement le maestro Herbert B.,* qui en distribua un certain nombre d’exemplaires à son réseau d’organistes professionnels (Allemagne et Scandinavie), me demandant à l’époque où je faisais une pause salutaire de publication, “and who is going to do it ?”
Il faut comprendre que la musique comme l’alimentation est une question de nutrition saine et appropriée, et non d’une guerre des goûts. Face aux incompréhensions et aux antagonismes destructeurs créés par un manque de vigilance et d’enseignement dans le domaine liturgique et musical (le culte et sa vérité existentielle dans l’Église), il m’a paru juste, en dernier recours, d’engager à nouveau des efforts de dialogue :
2007. Communauté francophone de Genève.
2008-2010. Notre cœur liturgique, un blog d’édification (par courriels), devenu une section active dans mon site. Quelques prises de contacts ayant eu lieu, j’ai réitéré ma demande pour la création d’une classe d’Hymnodie/Introduction à la musique sacrée (Doyen FAT, Président Eurafrica div.).
2008-2010. Une triple violation de droits d’auteurs en particulier et d’utilisation de fiches en général, survenue dans le cadre de la publication du recueil Donnez-lui Gloire (cf. comparatif). Une situation illégale (plus simple que Collonges) me fit entreprendre cette fois les démarches suivantes :
- Demande d’un courrier officiel d’excuses (2008) sans réponse, puis une démarche légale (2009) engageant des frais d’avocat (non remboursés).
- Comme moyen de stabilisation de mes travaux (2008) dans l’Eglise, une demande de publier une synthèse des Cahiers Liturgiques.
2010-2011. Rencontres La Prière du Soir (vigile) à la Chapelle des Pèlerins à Genève, un lieu de partage et de paix.
2010-2011. Notre coeur liturgique. “L’Evangile du jour”. Une synthèse des textes bibliques et leur champ d’application en rapport avec mes travaux (Cahiers Liturgiques et le Chant de l’Eglise) – jusqu’à fin 2011.
Selon une parole célèbre de A. Giacometti, “que ça râte ou que ça réussisse n’est pas la question”, l’Evangile nous invite de même à donner sans mesure, à “jeter” la semence au mépris du bon sens et de l’économie. L’enjeu devant Dieu et dans la perception qu’il nous donne, n’est pas notre rapport de succès avec la paroisse, la société ou le monde mais notre responsabilité dans l’obéissance (Evangile du jour). Dans la joie de ce travail, bénie dans ce qui a pu être réalisé, je serai toujours là pour la vérité des choses et jusqu’à ma fin ; pour la complexité spirituelle des événements, et pour chacun, une présence priante.
Joëlle-Myrte Gouel
Juillet 2011, Janvier 2012
* Liquidation régulière des enseignants au fil des ans ; sans comité académique pour définir son cursus, le département musical fut structuré à mon arrivée en collaboration avec le Département de l’Education (Division Eurafricaine) et La Sierra University (jumelage avec Collonges pour l’ILF) – responsabilité de toute institution scolaire qui doit son existence même à l’approche spécifiquement chrétienne de son mandat d’enseignement.
* Herbert B. Chef d’orchestre (Danish Radio, Staatskapelle Dresden, San Francisco Symphony, Gewandhaus Orchester, Leipzig).
* Myrthe Meyer, liste des publications (ma petite cousine dont je porte le nom, appelée à enseigner à Collonges elle aussi, dcd à l’âge de 26 ans).